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COMMÉMORER
LA TRAGÉDIE
Dix millions de morts. C’est le bilan accablant MONUMENTS AUX MORTS
à la fin du conflit en 1918. La France compte à Entre 1919 et 1925, la mémoire prend corps avec
elle seule 1 375 000 morts. Personne ne s’était l’installation de milliers de monuments dans
préparé à une telle tragédie. D’autant qu’après la les communes de France. Leur nombre est dif-
guerre, on peut reconstruire les bâtiments mais ficile à évaluer, car au-delà des communes, les
que restera-t-il des morts ? entreprises, les paroisses, les écoles… ont voulu
honorer leurs morts.
ORGANISER LA MÉMOIRE La loi du 25 octobre 1919 prévoit qu’une subven-
Un véritable culte des morts naît peu de temps tion soit attribuée pour l’érection d’un monu-
après la fin de la guerre. L’essentiel des formes ment. Mais le montant, fixé en 1920, demeure
de commémoration, des monuments aux morts très modeste. Les communes font donc géné-
aux cérémonies du souvenir, se met en place ralement appel à une souscription publique
directement sur les anciens champs de bataille pour obtenir les fonds nécessaires. Pour les
ou dans les régions d’origine des combattants. entreprises de pompes funèbres, les marbriers
Les lieux de mémoire sont donc érigés sur le ou les architectes, c’est le marché du siècle. Des
lieu même de la mort (cimetières militaires, catalogues de monuments voient même le jour.
monuments de champs de bataille) mais égale- Les mots que l’on lit sur ces cénotaphes sont
ment sur le lieu d’appartenance individuelle et lourds de sens. « Enfants », « morts », « héros,
collective des hommes tombés durant le conflit « guerre », « devoir », « martyrs », « sacrifice »
(monuments aux morts). On « nationalise » ainsi sont les plus souvent inscrits, sans oublier les
des portions de sol français, belges, serbes… à années 1914 et 1918. La liste des morts complète
des fins commémoratives. La terre de Verdun, l’inscription et renforce le caractère funèbre. Les
conservée dans des urnes placées devant des monuments redonnent existence aux morts en
monuments ou dans des mairies, illustre ce les nommant individuellement alors que la dis-
phénomène d’appropriation spatiale. parition sur le champ de bataille les vouait au
Le culte des morts est également organisé dans néant. L’ordre alphabétique est généralement
le temps. À la onzième heure, du onzième jour, choisi afin de renforcer l’unité. Les grades sont
du onzième mois, les armes se sont tues, lais- rarement précisés ; la hiérarchie est gommée afin
sant place aux larmes. La date du 11 novembre de donner un aspect égalitaire aux monuments.
devient ainsi un enjeu mémoriel. Une cérémonie
commémorative annuelle est donc créée à cette
date, à partir de 1920. Le temps d’un rassemble-
ment autour des monuments, avec drapeaux et
discours, les morts rejoignent les vivants.
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